La planification successorale va bien au-delà de la paperasse : il s’agit de protéger votre famille, vos volontés et votre héritage. Les trusts sont des outils puissants, mais ils sont souvent mal compris, et de nombreux guides passent à côté des enjeux concrets auxquels les familles sont confrontées. Cet article explore les trusts testamentaires et les trusts vivants en Angleterre et au pays de Galles, avec des exemples pratiques et des éclairages pour vous aider à prendre des décisions éclairées.
Trusts testamentaires : bien plus qu’un simple filet de sécurité
Un trust testamentaire est créé dans votre testament et ne prend effet qu’après votre décès. Il n’est pas réservé aux plus fortunés : de nombreuses familles y ont recours pour protéger des enfants, des adultes vulnérables ou pour gérer des situations familiales complexes.
Usages nuancés :
Familles recomposées : Si vous avez des enfants issus de relations précédentes, un trust à intérêt viager peut garantir que votre partenaire actuel soit pris en charge, tout en permettant à vos enfants d’hériter plus tard. Cela évite la « déshéritation latérale », lorsque des biens passent involontairement en dehors de votre lignée.
Protection des bénéficiaires vulnérables : Si un bénéficiaire est confronté à une addiction, à des dettes ou à un handicap, un trust discrétionnaire permet aux trustees d’apporter un soutien sans verser une somme forfaitaire qui pourrait être mal utilisée ou saisie par des créanciers.
Planification de l’impôt sur les successions : Les trusts testamentaires peuvent aider à réduire l’impôt sur les successions, mais seulement s’ils sont structurés avec soin. Par exemple, un trust discrétionnaire utilisant le nil-rate band peut mobiliser votre abattement fiscal, mais les changements récents font que son efficacité est moindre qu’auparavant.
Choix des trustees : Les trustees doivent être des personnes en qui vous avez confiance pour agir avec équité et discernement. Les membres de la famille peuvent connaître vos volontés, mais des trustees professionnels (comme des comptables) peuvent apporter impartialité et expertise. Vous pouvez nommer les deux. Les trustees doivent agir à l’unanimité, sauf disposition contraire du trust. En cas de désaccord, les décisions peuvent être bloquées ; tenez donc compte des personnalités et des relations.
Litiges et contestations : Si un bénéficiaire estime être traité injustement, il peut saisir le tribunal en vertu de l’Inheritance (Provision for Family and Dependants) Act 1975. Cela est fréquent dans les familles recomposées ou lorsque les attentes ne sont pas claires. Les trustees peuvent être révoqués par le tribunal s’ils agissent de manière inappropriée, comme dans Schmidt v Rosewood Trust Ltd [2003] UKPC 26.
Trusts vivants : contrôle et continuité
Les trusts vivants sont moins courants en Angleterre et au pays de Galles, mais ils peuvent s’avérer précieux dans certaines situations.
Usages nuancés :
Anticiper l’incapacité : Si vous craignez une démence ou une maladie soudaine, un trust vivant vous permet de désigner une personne pour gérer vos actifs sans les délais et les coûts d’une demande de deputyship. C’est plus souple qu’une lasting power of attorney, qui ne couvre que les décisions financières.
Dirigeants d’entreprise : Si vous possédez une entreprise familiale, un trust vivant peut assurer la continuité en cas d’incapacité, en évitant les perturbations et les litiges.
Confidentialité : Contrairement aux testaments, les trusts vivants ne sont pas des documents publics. Si vous souhaitez préserver la confidentialité de vos affaires, c’est un avantage clé.
Considérations pratiques : Mettre en place un trust vivant implique de transférer des actifs dès maintenant, ce qui peut déclencher des droits de timbre ou l’impôt sur les plus-values. Par exemple, placer un second bien immobilier dans un trust peut entraîner le paiement de droits de timbre au moment du transfert. Les banques et les établissements financiers hésitent parfois à traiter avec des trusts ; vérifiez donc à l’avance que vos actifs peuvent être transférés sans difficulté.

Pouvoirs et obligations des trustees : Les trustees doivent tenir des registres, déposer les déclarations fiscales et agir dans l’intérêt de l’ensemble des bénéficiaires. En cas de manquement, les bénéficiaires peuvent les contester, mais cela peut être coûteux et éprouvant. Les trustees peuvent être tenus personnellement responsables des pertes causées par une négligence ou un manquement à leurs obligations.
Principales différences entre trusts testamentaires et trusts vivants
Moment : Les trusts testamentaires commencent après le décès ; les trusts vivants fonctionnent de votre vivant.
Probate : Les trusts vivants peuvent aider à éviter le probate, mais en Angleterre et au pays de Galles, le probate est souvent plus simple que dans d’autres pays.
Contrôle : Les trusts vivants vous permettent de gérer des actifs de votre vivant ; les trusts testamentaires ne prennent effet qu’après le décès.
Fiscalité : Les différents trusts ont des incidences différentes en matière d’impôt sur les successions. Par exemple, les trusts discrétionnaires peuvent être soumis à des prélèvements périodiques (Inheritance Tax Act 1984).
Obligations des trustees : Les trustees doivent agir conformément à la loi et à vos instructions. En cas de manquement, les bénéficiaires peuvent les contester devant le tribunal (Schmidt v Rosewood Trust Ltd [2003] UKPC 26).
Trois exemples concrets
Protection d’une famille recomposée :
Après s’être remarié, Tom souhaite que sa femme vive dans leur maison à vie, mais il veut que ses enfants issus de son premier mariage héritent finalement du bien. Il met en place un trust testamentaire à intérêt viager. Les trustees veillent à ce que les besoins de son épouse soient satisfaits, tout en protégeant l’héritage des enfants.Soutenir un adulte vulnérable :
Le fils de Jane a des troubles de l’apprentissage et perçoit des prestations soumises à conditions de ressources. Elle met en place un trust testamentaire discrétionnaire, afin que les trustees puissent financer des extras (comme des vacances ou du matériel) sans affecter ses prestations. Le trust est rédigé avec soin pour éviter les règles de « deprivation of assets ».Continuité de l’activité grâce à un trust vivant :
Raj possède une petite entreprise. Il met en place un trust vivant et y transfère ses parts. S’il devient incapable d’agir, sa fille (la trustee successeure) peut diriger l’entreprise, payer le personnel et prendre des décisions sans attendre l’autorisation du tribunal.
Pièges
Dynamique familiale : Les trusts peuvent créer des tensions. Si un enfant est trustee et qu’un autre est bénéficiaire, des litiges peuvent surgir. Envisagez de nommer un trustee neutre ou d’établir des règles claires de prise de décision.
Pièges fiscaux : Les trusts discrétionnaires sont soumis à un prélèvement périodique tous les 10 ans (jusqu’à 6 % de la valeur au-delà du nil-rate band). Les trusts à intérêt viager sont imposés comme si le bénéficiaire détenait l’actif, ce qui peut affecter sa propre situation fiscale.
Évolution des circonstances : Les trusts sont difficiles à modifier une fois créés. Si les relations familiales évoluent, ou si les besoins d’un bénéficiaire changent, les trustees peuvent être limités dans ce qu’ils peuvent faire.
Coûts : Les trustees professionnels facturent des honoraires annuels. Même les trustees familiaux peuvent avoir besoin de conseils juridiques ou financiers, ce qui peut entamer le fonds du trust.
Mettre en place un trust : étape par étape
Déterminez ce que vous souhaitez accomplir (protection, contrôle, planification fiscale, confidentialité).
Choisissez des trustees fiables, impartiaux et capables de travailler ensemble.
Rédigez un acte de trust avec des instructions claires, des pouvoirs définis et des mécanismes de règlement des litiges.
Pour les trusts vivants, transférez les actifs dès maintenant et informez les banques, les assureurs et HMRC.
Pour les trusts testamentaires, assurez-vous que votre testament est à jour et reflète vos volontés.
Tenez les bénéficiaires informés afin d’éviter les surprises et les litiges.
Risques et considérations
Les trustees doivent agir dans le meilleur intérêt des bénéficiaires. En cas de manquement, les bénéficiaires peuvent saisir le tribunal pour demander leur révocation ou une indemnisation. Les trusts peuvent être contestés si le testament est disputé ou s’il existe des inquiétudes concernant la capacité ou une influence indue. La gestion continue peut être coûteuse, en particulier pour les trusts discrétionnaires. Les règles fiscales sont complexes et changent fréquemment. Certains trusts sont soumis à des prélèvements périodiques ou à des taux plus élevés.
Conclusion
Les trusts ne sont pas seulement des outils juridiques : ils concernent la famille, l’équité et l’anticipation. Le bon trust peut protéger des proches vulnérables, gérer les tensions familiales et garantir le respect de vos volontés. Mais il exige une réflexion approfondie, des instructions claires et des trustees qui comprennent leurs responsabilités. Prenez le temps de vous familiariser avec les options, de considérer l’impact concret et n’hésitez pas à poser des questions ou à rechercher des informations détaillées. Pour la plupart des gens, un testament bien rédigé avec un trust adapté suffit à protéger les proches et à garantir le respect de vos volontés.
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