Pouvez-vous prouver le gaslighting devant un tribunal ?
Le gaslighting est un schéma de manipulation psychologique dans lequel une personne pousse de manière persistante une autre à douter de sa propre mémoire, de sa perception ou de sa santé mentale. Bien que le terme « gaslighting » ne soit pas une notion juridique définie en Angleterre et au Pays de Galles, les tribunaux le reconnaissent de plus en plus comme une forme de violence émotionnelle ou psychologique, relevant souvent de la coercition et du contrôle. Pour prouver le gaslighting dans une demande d’ordonnance de non-molestation (formulaire FL401), vous devrez présenter votre expérience à l’aide des définitions juridiques établies et montrer son impact sur votre bien-être et votre vie quotidienne.
1. Inscrire le gaslighting dans les définitions juridiques
Les Family Procedure Rules (PD12J) et le Serious Crime Act 2015, s.76, définissent le comportement coercitif et contrôlant comme un ensemble d’actes destinés à nuire à une personne, à la punir, à l’effrayer ou à la rendre subordonnée et dépendante. Le gaslighting s’inscrit dans ce cadre lorsque l’auteur sape à répétition votre confiance, diffuse de fausses informations sur votre santé mentale ou vous manipule pour vous amener à douter de votre propre réalité. Lorsque vous décrivez votre expérience, utilisez des termes tels que « violence émotionnelle », « manipulation psychologique » ou « contrôle coercitif », et reliez vos preuves à ces définitions.
2. Comment le gaslighting peut vous affecter
Les victimes de gaslighting se sentent souvent perdues, anxieuses et remettent constamment en question leurs propres jugements. Vous pouvez vous surprendre à vous excuser pour des choses que vous n’avez pas faites, à vous éloigner de vos amis et de votre famille, ou à croire des choses négatives dites à votre sujet. Avec le temps, cela peut entraîner une dépression, une faible estime de soi et des difficultés à prendre des décisions. Les tâches quotidiennes peuvent devenir écrasantes, et vous pourriez éviter le travail ou les situations sociales par crainte d’être perçu comme « instable ». L’impact peut aussi toucher votre capacité à élever vos enfants, à entretenir des relations ou à fonctionner au travail.
3. Étapes concrètes pour prouver le gaslighting
Pour présenter un dossier solide, concentrez-vous sur la collecte de preuves montrant un schéma de comportement et ses effets :
Tenez un journal : Consignez les incidents, les dates, ce qui a été dit ou fait, et la manière dont cela vous a fait sentir ou agir.
Conservez les communications : Gardez les SMS, e-mails ou messages vocaux dans lesquels l’auteur remet en question votre mémoire, votre santé mentale ou diffuse de fausses allégations.
Documentez les accusations auprès de tiers : Rassemblez des preuves montrant que l’auteur a fait de fausses affirmations à votre sujet auprès d’autres personnes, en particulier des professionnels ou des membres de la famille.
Recherchez un soutien professionnel : Demandez à votre médecin traitant, thérapeute ou psychologue de documenter l’impact sur votre santé mentale et de fournir un rapport.
Recueillez des témoignages : Des amis, collègues ou membres de la famille ayant observé ce comportement ou ses effets peuvent fournir une corroboration précieuse.
Lorsque vous préparez votre déclaration, soyez précis sur ce qui a été dit, à quelle fréquence, et sur l’effet que cela a eu sur vous. Reliez votre expérience aux définitions du PD12J et du Serious Crime Act, en mettant en avant le caractère cumulatif et insidieux de ces violences.
4. Ce que le tribunal prendra en compte
Le tribunal recherchera des preuves d’un schéma, et non de simples incidents isolés. Il examinera l’impact sur votre santé mentale, votre confiance et votre fonctionnement quotidien. Si l’auteur a utilisé son statut ou son autorité pour rendre ses affirmations plus crédibles, mettez-le en évidence dans vos preuves. Une corroboration par des professionnels ou des tiers indiquant que les prétendus problèmes de santé mentale sont infondés peut être particulièrement convaincante.
Éléments tirés de [2022] EWHC 108 (Fam)
Dans [2022] EWHC 108 (Fam), la Haute Cour a fourni un exemple clair de la manière dont un comportement de type gaslighting peut être identifié, décrit et évalué dans le cadre juridique du comportement coercitif et contrôlant. Le juge a constaté que le père avait à plusieurs reprises affirmé que la mère souffrait d’un trouble bipolaire, malgré l’absence de preuve médicale claire. Ce comportement a été qualifié de « violence insidieuse » et de « gaslighting », car il visait à saper la confiance de la mère, à nuire à son estime d’elle-même et à la pousser à douter de sa propre santé mentale.
Points clés du jugement qui peuvent vous aider à présenter votre propre dossier :
Schéma et intention : Le tribunal a recherché un schéma de comportement soutenu, et non de simples incidents isolés. Les fausses accusations répétées du père concernant la santé mentale de la mère, surtout auprès de tiers, ont été considérées comme des tentatives délibérées de la contrôler et de la déstabiliser.
Usage de l’autorité : Le statut professionnel du père en tant qu’infirmier en santé mentale a été jugé donner un poids supplémentaire à ses fausses affirmations, rendant les abus plus dommageables et plus crédibles aux yeux des autres.
Impact sur la victime : Le tribunal a accordé du poids au témoignage de la mère sur la manière dont ce comportement l’avait fait se sentir — confuse, doutant de sa propre santé mentale et subissant une perte de confiance en elle.
Cadre juridique : Le juge a accepté le terme « gaslighting » comme une description utile de cette forme de violence psychologique, même s’il ne s’agit pas d’un terme statutaire. Le comportement a été apprécié au regard des définitions juridiques établies du comportement coercitif et contrôlant.
À retenir en pratique :
Si vous alléguez du gaslighting, concentrez-vous sur la démonstration d’un schéma d’énoncés faux ou déstabilisants, en particulier ceux adressés à d’autres ou fondés sur une autorité professionnelle. Décrivez clairement l’impact émotionnel et psychologique sur vous, et reliez vos preuves au cadre juridique du comportement coercitif et contrôlant. Le tribunal examinera à la fois le comportement et ses effets sur votre bien-être et votre vie quotidienne.
Clause de non-responsabilité : cet article ne constitue pas un conseil juridique ou médical. Les issues judiciaires dépendent des preuves disponibles et de la manière dont le tribunal les apprécie.
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